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Conseil municipal du 8 février 2019

Au-delà des réponses d’urgence, un besoin de réponses politiques de fond

Propos liminaires au nom du groupe Toulouse Vert Demain

Au Conseil municipal de Toulouse, dans mon propos liminaire au nom du groupe Toulouse Vert Demain, j’ai rappelé que la situation sociale et politique n’exige pas que des mesures d’urgence, mais aussi des réponses politiques de fond : pour la justice fiscale et sociale, pour la transition écologique, à Toulouse comme en France.

Conseil municipal dans un contexte de crise politique et sociale.
Depuis 3 mois, des manifestations se tiennent chaque semaine partout en France, et notamment Toulouse.

Climat de violence… en tant qu’écologistes, nous sommes davantage inspirés par Gandhi ou Martin Luther King, la non violence : c’est pourquoi nous condamnons sans équivoque toutes les violences, sans justifier certaines, ou taire d’autres.
Notre voix sera toujours celle du dialogue, de la non violence, et de mettre sur la table les vrais débats. Nous ne sommes pas heurtés par l’action directe, l’expression d’opposition à des actes illégitimes, mais avec des formes d’action non violente.

Climat de difficulté pour les commerçants… mais pas que : plus largement difficulté pour faire concilier le droit légitime à manifester, et le droit à la ville, pas qu’à travers le prisme de la consommation, mais aussi le droit de se déplacer (transports en commun arrêtés chaque samedi voire dimanche, cf marche climat) et de flâner, se promener. Comment se fait-il que notre pays ne sache pas faire vivre l’ensemble de ces libertés publiques ?

Difficultés aussi pour nombre de nos concitoyens, qui subissent depuis trop longtemps l’accroissement des inégalités et les logiques de ségrégation spatiale qui minent la cohésion sociale. Des citoyens que la parole politique méprise depuis trop longtemps, quand elle ne les confine pas purement et simplement à l’invisibilité dans l’espace public. Des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans le fonctionnement de nos institutions, qui vivent une perte de sens. Des citoyens qui à travers ce mouvement reprennent justement pied dans l’espace public, et se réaffirment spectaculairement en tant que sujets politiques. Et quoi que l’on puisse penser des modalités de cette affirmation (sur ce point les avis sont évidemment très partagés), ce mouvement nous oblige collectivement – tous, représentants élus comme tous les acteurs de la société civile – à construire des réponses politiques qui vont au-delà des réponses d’urgence aux difficultés de telle ou telle corporation. Ces réponses doivent être locales comme nationales.

Que penser de la réponse nationale ?

Le mouvement des gilets jaunes a contraint le chef de l’État à initier un « grand débat ».
Cette concession avait vocation à recueillir fidèlement la parole des Françaises et des Français qui sont aux prises avec un modèle dit « de développement » dont les conséquences sont la prédation sur les ressources naturelles et la destruction de notre environnement, la vie chère, la fragilisation du modèle de protection sociale et des solidarités, l’explosion des inégalités, le délitement de notre démocratie.
La grande erreur du gouvernement est de ne pas prendre au sérieux ce mouvement qui n’est pas seulement l’expression d’un ras le bol fiscal, mais la traduction d’une crise plu profonde. La crise de civilisation à laquelle l’humanité est confrontée et les détresses qu’elle entraîne devrait être considérée avec lucidité si la volonté d’apporter des solutions véritables est sincère.
Hélas, aucun signe ne le laisse penser.
Pour que ce « grand débat » puisse être utile, trois conditions étaient indispensables :
– D’abord l’apaisement. La brutalisation des débats dans la société est un symptôme qu’il faut regarder en face et auquel il faut apporter des réponses. La captation du grand débat par la parole présidentielle et gouvernementale constitue une violence symbolique vis à vis de celles et ceux qui expriment avec force leur volonté d’être écouté·e·s et d’être vu·e·s.
A cette violence symbolique s’ajoute une violence bien réelle : celle d’armes dites « semi-létales » (LBD, grenades de désencerclement) dont l’usage répété et disproportionné ajoute au climat de brutalisation et de violence. Il faut le redire : ces armes n’ont rien à faire dans l’arsenal nécessaire au maintien de la paix civile dans une démocratie. Elles doivent être interdites. Pour l’heure, leur usage doit être suspendu. Les écologistes condamnent depuis toujours et sans réserve la violence, d’où qu’elle vienne, comme mode d’action politique. C’est au nom de ce principe qu’il appartient à l’État d’être exemplaire en prenant l’initiative de la désescalade des violences.
– La seconde condition qui a été « habilement » contournée par le Gouvernement, était la garantie que ce débat soit mené par une institution indépendante afin de permettre une prise en compte fidèle et sincère de l’expression des Françaises et des Français. La mise à l’écart de la Commission nationale du débat public qui dispose de cette indépendance, des compétences et de l’expérience pour mener cette mission, constitue un coup de force de la part du chef de l’État et du Gouvernement.
C’est ainsi que ce grand débat a été finalement « cadré » par le président de la République dans sa lettre aux français. Plus grave, dans cette lettre, le Président a indiqué que c’est lui qui assurerait le rendu des travaux. En clair, le Président pose les questions, y répond, et fait le compte-rendu. Pourtant, dans ce grand débat, le rôle du chef de l’État n’était pas qu’il parle, mais qu’il écoute.
– Enfin, pour que ce « grand débat » ait du sens, il aurait fallu que le chef de l’Etat et le Gouvernement soient sincèrement ouverts à changer de cap politique en fonction de l’expression des Françaises et des Français. Là encore, les déclarations successives des représentant·e·s de la majorité montrent qu’il n’en est rien. Plus grave encore, les questions posées sur le site mis à disposition des citoyen·ne·s pour participer au débat escamotent le champs des réponses possibles. Sur la question des dépenses publiques, par exemple, les choix proposés en matière d’économies sont la défense, la sécurité, l’environnement, l’éducation… mais pas les niches fiscales. Elles constituent pourtant le premier budget de l’État.
Ces trois conditions indispensables ont été foulées au pied ou contournées.
En tournant le dos aux aspirations démocratiques légitimes d’une partie importante de nos concitoyens, le pouvoir contribue à fissurer encore d’avantage la confiance déjà fragile qui subsiste entre les représentant·e·s politiques et leurs mandant·e·s. Au fond, cette cécité et cet entêtement constituent sans doute la faute la plus grave car ses conséquences, si elles adviennent, sont sans retour.

Mais nous mènerons malgré tout ce débat, un vrai débat, auprès de celles et ceux qui le souhaitent vraiment : les Françaises et des Français, et en ce qui nous concerne, les Toulousaines et Toulousains.
Nous contribuerons donc avec sincérité à cet élan et cette attente de discussions, de démocratie, de changements, mais pas dans le cadre limité que le gouvernement a souhaité imposer.

Que penser de la réponse locale ?

Un mot sur ce qui motive la convocation par le maire de ce CM extraordinaire : une volonté d’adopter des mesures d’urgence pour aider les commerçants à faire face. Nous les voterons bien sûr. Mais n’oublions pas que la situation nous oblige, à Toulouse aussi, et dans notre agglomération, à des réponses politiques de fond. Localement comme au plan national, il y a urgence à réorienter les choix politiques et à donner un nouveau souffle à la démocratie. Urgence à arrêter de faire reculer la solidarité par la réduction des services publics, et par des choix fiscaux et financiers qui déclinent localement une idéologie néo-libérale destructrice. Urgence à amplifier la transition écologique et énergétique pour limiter l’impact du dérèglement climatique sur notre cadre de vie et accompagner les habitants vers les changements de comportement nécessaires, sans les brutaliser avec des mesures socialement injustes et des solutions toujours différées dans le temps – je parle ici des mobilités, vous l’aurez compris... Urgence aussi à refonder notre démocratie locale pour associer bien davantage les citoyens aux choix faits en leur nom, en particulier à la Métropole, qui est aujourd’hui le cœur battant de l’action politique locale.

Formuler des réponses politiques structurelles, nationalement comme au niveau local, ce sera le sens des vœux que nous porterons dans ce conseil municipal, nous écologistes ainsi que les autres groupes de l’opposition municipale. Nos deux voeux visent à rappeler le besoin de justice sociale et écologique :
• l’un pour que la Ville de Toulouse demande au gouvernement la mise en place d’une fiscalité carbone sur le transport aérien, au service de la transition écologique des territoires et des mobilités du quotidien. Le kérosène reste en effet seul carburant d’origine fossile dont la consommation ne supporte aucune taxe, alors que l’avion est le mode de transport de plus émetteur de CO2 par km parcouru et personne transportée. Et la niche fiscale dont bénéficie le transport aérien alimente le sentiment d’injustice fiscale et sociale qui est à l’origine du mouvement des gilets jaunes.

• l’autre pour la mise en oeuvre de l’encadrement des loyers à Toulouse, dispositif expérimenté avec des résultats probants à Paris, et pour lequel 39 communes se sont déjà portées volontaires. Cette mise en œuvre serait amplement justifiée dans notre ville, dont le marché de l’immobilier connaît une forte tension, et dont le prix du logement a augmenté de 200% ces 20 dernières années, tandis que le parc social ne parvient plus à absorber la demande des ménages.
J’espère que votre majorité s’y associera.

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