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Conseil municipal du 7 décembre 2018

En France comme à Toulouse, changeons de modèle, pour la justice sociale, pour la transition écologique et pour une rénovation démocratique.

Propos liminaires au nom du groupe "Toulouse Vert Demain"

Monsieur le Maire,

Vous avez eu raison de condamner les violences et les actes des casseurs, et êtes dans votre rôle d’appeler au calme en tant que représentant de l’Etat ;
Pas d’ambiguïté des écologistes : la non-violence est l’une des racines de l’écologie politique. Nous récusons toujours le recours à la violence, qui appelle toujours plus de violence. C’est pourquoi nous condamnons toutes les violences, qu’elle soit issue des casseurs, de la répression aveugle, ou institutionnelle et sociale lorsqu’elle perpétue l’oppression, la domination.

Mais notre responsabilité politique doit aussi nous conduire à analyser la situation sur le fond et sur ce point, votre silence est étonnant.
Les citoyens qui s’expriment (et qui sont majoritairement pacifiques) n’attendent pas des représentants politiques qu’ils délégitiment cette colère en ne parlant que des violences, ils attendent des réponses politiques pour améliorer leur vie quotidienne, préparer l’avenir, et apaiser la société.

Nous dénonçons l’irresponsabilité du gouvernement qui a tout faux : avec la politique menée et les dernières annonces, on n’a ni la justice sociale, ni la justice fiscale, ni la transition écologique ni la refonte de la démocratie.
La révolte des gilets jaunes, des lycéens, et d’autres, ne repose pas seulement sur le coût des carburants, mais est l’expression des frustrations accumulées et du sentiment de déclassement d’une grande partie de la population, qui peine à croire en son avenir. Si le gouvernement n’est pas seul responsable de 40 ans de politiques destructrices, il a allumé la mèche de la révolte par le mépris qu’il affiche pour les classes populaires et l’injustice de la politique menée. En ne taxant que les ménages, en faisant porter la charge la plus forte sur les moins privilégiés, le gouvernement a opposé écologie et justice sociale. C’est une faute lourde dont les écologistes dénoncent la dangerosité depuis son annonce.

Ce n’est pas en tournant le dos à l’écologie qu’on sortira de la crise politique que nous vivons. Il ne faut pas reculer sur l’écologie, mais avancer sur la justice sociale et la démocratie. Il faut engager le changement de modèle dont notre pays a besoin.
A l’heure où les lycéens se mobilisent pour défendre leur avenir, en criant leur angoisse, on voit bien que c’est un mouvement social d’ensemble qui réclame une autre politique, un autre avenir. Le gouvernement a trop tardé et fait courir des risques à la cohésion de notre pays.
L’écologie ne doit pas devenir la victime expiatoire des mauvais choix de ce gouvernement. C’est au contraire une solution pour lutter contre la fracture territoriale et les inégalités sociales. C’est pourquoi nous pensons que la réponse politique nationale doit être l’organisation d’Etats Généraux de la vie chère et du pouvoir de vivre, et la convocation d’une Assemblée Constituante.

Mais ce mouvement nous interpelle localement pour plusieurs raisons :

Dans notre ville aussi, les inégalités s’accroissent entre les « Toulousains qui vont bien » et les perdants de la compétition économique
Différences de niveaux de vie dans notre ville : 18,6% de pauvres à Toulouse, 100 000 pauvres, 6è position des grandes villes françaises touchées par la pauvreté, Toulouse en a une croissance du nombre d’emplois de 6 %, la plus importante des métropoles étudiées, couplée à des augmentations de 36 % du nombre de chômeurs et de 2,3 points du taux de chômage, à nouveau les plus élevées des unités urbaines étudiées.
Dans notre ville aussi, les politiques fiscales fragilisent les moins aisés par votre hausse brutale des impôts locaux, par la suppression du critère des revenus dans les attributions des places en crèche, tandis que le produit de l’impôt est moins redistribué avec la hausse des tarifs et la réductions des services publics.
Cela se retrouve au niveau du personnel avec votre choix de niveller par le bas les jorus de carence des salariés hospitalisés ou non.
Dans la ville, d’autres services publics ferment comme les bureaux de Poste (Firmis et Esquirol) ont certes été fermés depuis 2016, et un 3e (Croix-de-Pierre) doit fermer fin 2018 sans que cela ne vous émeuve M. Le Maire…

Dans notre ville aussi, la question du « droit à la ville » est posée (gentrification), celle de l’arrogance des « signaux » également (exemples : la Tour Occitanie, encore plus hautaine que haute ; le projet de résidence de luxe à Saint-Cyprien qui suscite une opposition légitime…).

Dans notre ville aussi, la démocratie et la représentation politique sont en crise, et appellent de nouvelles méthodes d’inclusion des citoyens dans la construction des choix faits en leur nom (les commissions de quartier sont d’information descendante et le lieu de vos renoncements d’engagements de proximité pris plutôt que de co-élaboration des politiques locales).

Dans notre ville comme ailleurs, la question environnementale et climatique est indissociable de la question sociale. Parce que ce sont les plus fragiles qui sont déjà les plus exposés aux conséquences (ex la zone la plus polluée de la Toulouse est aussi l’une des plus défavorisées), et parce que les changements indispensables à apporter à notre mode de vie ne pourront pas être acceptés s’ils pénalisent les plus fragiles. Les solutions ne peuvent plus être différées dans le temps (cf. le dossier mobilités et une 3ème ligne de métro dans 10 ans sans réponses à court terme) et les changements doivent être accompagnés, ce qui demande de l’investissement public ET des choix cohérents (cf. adhésion de Moudenc à la contractualisation imposée par Macron, réaction de Moudenc à la loi LOM uniquement sur le dossier LGV, rien sur les transports du quotidien…)
Nous ne pouvons pas faire comme si rien ne se passait, et donc, aujourd’hui, ou très prochainement, nous devons organiser la déclinaison locale d’Etats Généraux de la vie chère et du pouvoir de vivre.

Pendant ce temps, selon les projections du Global Carbon Project, les émissions de CO2 devraient augmenter de 2,7 % en 2018, principalement en raison de la croissance soutenue de la consommation de pétrole et de gaz.
Alors que se tient la COP24, le monde entier regarde ce qui est en train de se passer en France. Si le message qui est envoyé à l’échelle mondiale, c’est que même en France cela ne marche pas, alors ce sera dramatique à l’échelle mondiale. De même si localement, nous ne priorisons pas la transition écologique dans nos choix budgétaires, nous ne prenons pas notre part dans cette nécessaire transformation.

Enfin, nous appelons à participer à la marche pour le climat : les écologistes veulent faire converger nos requêtes pour la justice sociale et climatique. C’est le même modèle que nous rejetons : celui qui bafoue les droits humains et l’égalité, la démocratie, et la nature. Marchons ensemble le 8 décembre, pacifiquement, pour décider de notre avenir, pour faire vivre un monde de justice sociale et climatique.

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