Un citoyen écologiste à Toulouse

L’autorité commence par l’exemplarité

Il y a quelques jours disparaissait Frédéric Liévy.

Écologiste engagé, il avait consacré une grande partie de sa vie à défendre les droits des gens du voyage et des personnes itinérantes, à lutter contre les discriminations dont ils sont encore victimes et à rappeler qu’ils sont, avant tout, des citoyens à part entière.

Frédéric savait que l’on peut être exigeant sur le respect de la loi sans jamais renoncer au respect des personnes. Il refusait les amalgames autant que les caricatures.

C’est à lui que j’ai pensé en lisant la tribune publiée par Jean-Luc Moudenc, intitulée « L’autorité de l’État ne peut plus être itinérante ».

Ce titre me met profondément mal à l’aise.

Car derrière ce jeu de mots, il y a des femmes, des hommes, des familles, des histoires et des cultures. L’itinérance n’est ni une infraction ni une menace pour la République. Elle est un mode de vie ancien, en France comme ailleurs dans le monde, et la liberté de vivre autrement, de circuler et de ne pas être assigné à la sédentarité mérite le même respect que les autres choix de vie.

Les « Citoyens Français Itinérants » (CFI) ne constituent d’ailleurs pas une communauté homogène, mais une catégorie administrative recouvrant des réalités très diverses. Ils méritent mieux que d’être régulièrement ramenés aux infractions commises par certains d’entre eux.

Soyons pourtant clairs : une occupation illégale reste illégale. Les dégradations doivent être sanctionnées, les habitants ont droit à la tranquillité et, lorsque la loi le prévoit, les évacuations doivent pouvoir avoir lieu.

Mais puisque Jean-Luc Moudenc choisit le terrain de la loi, allons-y.

La loi impose des règles aux Citoyens Français Itinérants. Elle en impose aussi aux collectivités.

L’autorité ne consiste pas seulement à demander à l’État d’agir davantage. Elle consiste aussi, pour un président de Métropole, à assumer les responsabilités que la loi lui confie.

Sur ce point, Jean-Luc Moudenc est en défaut.

Celui qui réclame aujourd’hui davantage de fermeté de l’État préside une Métropole qui ne respecte toujours pas l’ensemble des obligations que lui impose le schéma départemental d’accueil des gens du voyage.

Ce n’est pas une opinion. C’est un fait.

Comment peut-on invoquer le respect de la loi lorsque la collectivité que l’on préside ne respecte pas elle-même pleinement cette même loi ?

Ces obligations ne sont pas accessoires. Elles sont précisément la condition qui permet de prévenir les installations illicites. On ne peut pas dénoncer des stationnements illégaux tout en refusant, ou en tardant, à créer les solutions légales qui permettent de les éviter.

Tant que Toulouse Métropole ne respectera pas pleinement ses propres obligations, Jean-Luc Moudenc sera mal placé pour exiger des autres qu’ils respectent les leurs.

Les propres documents de Toulouse Métropole montrent d’ailleurs les conséquences de cette situation : des centaines de caravanes contraintes de passer d’un stationnement illégal à un autre, un manque important de places et des aires durablement occupées par des familles faute de solutions d’ancrage adaptées.

Plutôt que de transformer ce constat en procès contre une population, il faudrait d’abord s’interroger sur les responsabilités publiques.

Une politique républicaine ne consiste pas uniquement à sanctionner. Elle consiste aussi à créer les conditions qui permettent à chacun de respecter la loi.

Cela suppose des aires d’accueil en nombre suffisant, des terrains familiaux, des solutions d’habitat adaptées pour celles et ceux qui souhaitent davantage d’ancrage, une véritable anticipation des grands passages et un dialogue permanent avec les personnes concernées.

C’est aussi une question de justice environnementale. Trop souvent, les aires d’accueil ont été reléguées à proximité d’autoroutes, de zones industrielles, de déchetteries ou d’autres sources de pollution. Le droit à un environnement sain ne dépend pas de son mode d’habitat.

Être exigeant sur le respect de la loi, c’est l’être jusqu’au bout.

Oui, les infractions doivent être sanctionnées.

Oui, les riverains doivent être protégés.

Mais les collectivités doivent aussi respecter leurs obligations. Et chaque personne doit être traitée avec la même dignité.

C’est cela, la République.

Une République qui refuse les amalgames. Une République qui protège sans stigmatiser. Une République qui fait respecter les devoirs sans oublier les droits.

Au fond, c’est peut-être cela que nous laisse aussi en héritage Frédéric Liévy.

Il nous rappelait qu’on peut être ferme sur les principes sans jamais renoncer à l’humanisme. Que l’on peut défendre la règle commune tout en combattant les discriminations. Que la dignité des personnes ne se négocie jamais.

Jean-Luc Moudenc écrit que « l’autorité de l’État ne peut plus être itinérante ».

Je lui répondrai plus simplement : l’autorité commence par l’exemplarité.

Elle exige que chacun respecte la loi. Les citoyens comme les collectivités. Et Toulouse Métropole comme les autres.

C’est à cette condition que la règle commune est légitime. Et qu’elle peut être respectée par tous.

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Antoine Maurice

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