Ce mardi 1er septembre, des milliers d’enfants toulousains vont retrouver leur école. Mais ils ne retrouveront pas tous les mêmes conditions pour apprendre, manger, jouer, être accompagnés ou simplement supporter des températures de plus en plus élevées.
L’école de la République porte pourtant une promesse fondamentale : celle que l’origine sociale, le quartier où l’on grandit, les ressources de ses parents ou une situation de handicap ne déterminent pas l’avenir d’un enfant.
Cette promesse est aujourd’hui fragilisée par le creusement des inégalités. Elle l’est désormais aussi par le dérèglement climatique.
Bien sûr, la Ville ne fait pas l’école à la place de l’Éducation nationale. Elle ne recrute pas les enseignants et ne définit pas les programmes. Mais elle construit et entretient les écoles maternelles et élémentaires, organise la restauration scolaire et le périscolaire, emploie les ATSEM, les personnels d’animation, de restauration et d’entretien.
Autrement dit, elle détermine une grande partie des conditions matérielles dans lesquelles les enfants vivent leur journée d’école.
C’est là que doit se situer notre ambition : faire de la politique municipale de l’enfance un puissant levier d’égalité et d’émancipation.
À Toulouse, chaque enfant devrait pouvoir compter sur six droits essentiels : le droit d’apprendre dans une école adaptée au climat ; le droit de bien manger quelle que soit la situation financière de sa famille ; le droit de disposer du matériel nécessaire à sa scolarité ; le droit d’être pleinement accueilli et inclus ; le droit d’être protégé de toutes les violences ; le droit enfin d’accéder à la culture, au sport, à la nature et à des activités éducatives de qualité.
La responsabilité de la Ville est de mobiliser tous les leviers dont elle dispose pour rendre ces droits effectifs.
1. Le droit d’apprendre dans une école adaptée au climat
Le dérèglement climatique n’est plus une menace abstraite. Il entre désormais dans les salles de classe.
Les épisodes de chaleur seront plus fréquents, plus longs et plus intenses. C’est aujourd’hui l’un des principaux défis auxquels notre patrimoine scolaire doit s’adapter. Mais le confort thermique ne se résume pas à l’été : dans des bâtiments insuffisamment isolés, les enfants et les personnels peuvent aussi subir le froid en hiver.
Une école conçue pour le climat toulousain d’hier ne sera pas nécessairement vivable dans celui de demain. Et une école bien isolée protège à la fois des fortes chaleurs et du froid.
La Ville a certes engagé des actions : des brasseurs d’air ont été installés dans les classes, des salles refuges climatisées existent dans une partie des écoles et des cours dites « Oasis » ont été aménagées.
Mais il faut aussi regarder leur efficacité réelle.
Dans de nombreuses écoles toulousaines, les fortes chaleurs continuent de rendre les conditions d’apprentissage et de travail particulièrement difficiles. Les brasseurs d’air installés ne suffisent pas toujours à rendre supportables des salles qui accumulent la chaleur, particulièrement aux étages les plus exposés. Des températures allant jusqu’à 35-40 degrés ont été constatées pendant les périodes de canicule.
Et toutes les « cours Oasis » ne constituent pas nécessairement de véritables îlots de fraîcheur. Remplacer une partie du bitume par un revêtement drainant est utile pour la gestion de l’eau, mais cela ne produit pas les mêmes effets qu’un véritable espace de pleine terre, arboré et végétalisé.
Nous devons donc passer d’une politique d’équipement à une politique de résultat.
Commençons par mesurer : capteurs de température, diagnostic thermique et climatique de chaque établissement, publication des résultats, identification des écoles dans lesquelles les températures restent excessives malgré les équipements et programmation pluriannuelle des travaux en donnant la priorité aux bâtiments et aux quartiers les plus vulnérables.
Il faut accélérer les rénovations bioclimatiques : isolation performante pour protéger du chaud comme du froid, protections solaires extérieures, ventilation efficace, végétalisation lorsque cela est pertinent. L’enjeu est aussi celui de la sobriété énergétique : une école mieux isolée est plus confortable toute l’année et consomme moins d’énergie.
Et il faut aller beaucoup plus loin dans les cours d’école. Débitumer réellement et massivement, retrouver de la pleine terre, planter des arbres capables de développer à terme de grands houppiers, préserver les arbres adultes existants et recréer autour d’eux des sols vivants et des strates végétales permettant de constituer de véritables écosystèmes de fraîcheur.
Une cour Oasis doit réellement devenir une oasis.
C’est aussi l’occasion de repenser les usages de la cour, de reconnecter les enfants à la nature et de mieux partager l’espace entre filles et garçons.
Enfin, chaque école doit disposer d’une solution clairement identifiée en cas de chaleur extrême : un véritable espace refuge, sur place ou à proximité. La climatisation peut être nécessaire dans ces espaces, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Elle doit rester un outil de protection face aux épisodes extrêmes, sans se substituer à l’adaptation des bâtiments.
Adapter les écoles au dérèglement climatique et garantir des conditions thermiques dignes toute l’année n’est plus une politique environnementale parmi d’autres. C’est une politique de protection de l’enfance.
2. Le droit de bien manger, quels que soient les revenus de ses parents
L’école ne peut pas promettre l’égalité le matin et laisser les inégalités sociales décider des conditions dans lesquelles les enfants mangent à midi.
Toulouse dispose déjà d’une tarification progressive de la restauration scolaire. Mais le premier tarif reste payant.
Nous défendons depuis longtemps un principe simple : pour les familles aux revenus les plus modestes, la cantine doit être gratuite. Cette gratuité, supprimée par la majorité actuelle, doit redevenir le premier échelon d’une tarification réellement progressive et solidaire.
Pour certains enfants, le repas pris à l’école est essentiel. Aucun ne devrait en être privé pour une raison financière.
Il faut aussi poursuivre la transformation de ce que nous mettons dans les assiettes.
Toulouse a progressé sur le bio et propose depuis 2019 le menu végétarien hebdomadaire prévu par la loi. Mais l’option dite « sans viande » n’est pas forcément végétarienne.
Nous devons aller plus loin : augmenter fortement la part du bio, à la fois pour la santé des enfants et pour développer les filières territoriales, et augmenter la place des véritables menus végétariens.
La restauration scolaire peut être un formidable levier de transformation de notre modèle alimentaire : pour la santé des enfants, pour le climat, pour la qualité de l’eau et des sols et pour accompagner une agriculture locale de qualité.
Bien manger à l’école ne doit dépendre ni du quartier dans lequel on vit ni des revenus de ses parents.
3. Le droit de disposer de ce dont on a besoin pour apprendre
Chaque rentrée le rappelle : l’école dite gratuite continue d’occasionner des dépenses pour les familles.
Cahiers, stylos, classeurs, matériel spécifique… Pris séparément, ces achats peuvent paraître modestes. Additionnés, ils représentent une charge réelle, particulièrement lorsqu’une famille a plusieurs enfants.
Sur ce sujet, Toulouse doit aujourd’hui franchir une nouvelle étape.
Nous devons avancer vers une prise en charge des fournitures scolaires essentielles, en commençant prioritairement par les familles aux revenus les plus faibles ou par certains niveaux scolaires, avec l’objectif d’élargir progressivement le dispositif.
Et faisons-en également une politique écologique : fournitures durables, réutilisables lorsque c’est possible, sans substances nocives et achats mutualisés permettant à la collectivité d’obtenir de meilleurs prix et de réduire les déchets.
L’objectif est simple : aucun enfant ne doit arriver en classe avec moins de possibilités d’apprendre parce que sa famille dispose de moins de ressources.
La gratuité de l’école ne doit pas être seulement un principe. Elle doit devenir progressivement une réalité vécue par les familles.
4. Le droit d’avoir réellement sa place à l’école
L’égalité ne signifie pas donner exactement la même chose à tous les enfants. Elle consiste à donner à chacun ce dont il a besoin pour participer pleinement.
C’est particulièrement vrai pour les enfants en situation de handicap.
Trop de familles vivent encore l’inclusion scolaire comme un parcours d’obstacles : accompagnement humain insuffisant, locaux inadaptés, difficultés pour participer à certains temps scolaires ou périscolaires.
La responsabilité est d’abord celle de l’État, notamment pour les AESH. Depuis 2024, celui-ci doit également assurer leur prise en charge pendant la pause méridienne. Mais lorsque les moyens humains ne suivent pas, ce sont les enfants, leurs familles et les collectivités qui en subissent les conséquences.
La Ville a elle aussi une responsabilité essentielle : accessibilité réelle des écoles et des équipements, formation des personnels municipaux, adaptation des activités et moyens suffisants pour accompagner les enfants pendant les temps dont elle a la charge.
Il ne suffit pas qu’un enfant puisse entrer dans l’école pour parler d’inclusion.
Un enfant accueilli dans une classe mais qui ne peut pas déjeuner, jouer, participer à une activité ou fréquenter le CLAE dans de bonnes conditions n’est pas pleinement inclus.
Notre objectif doit être l’accès effectif de tous les enfants à l’ensemble de la journée éducative.
5. Le droit d’être protégé de toutes les violences
L’école et le périscolaire doivent être des espaces dans lesquels les familles peuvent confier leurs enfants en toute confiance.
Les affaires de violences physiques et sexuelles révélées ces dernières années dans le périscolaire partout en France nous rappellent une exigence fondamentale : protéger les enfants contre toutes les formes de violence doit être une priorité absolue.
Toulouse n’est malheureusement pas épargnée. L’affaire particulièrement grave révélée cette année concernant un animateur d’un CLAE d’une école toulousaine doit nous obliger collectivement.
Il ne s’agit évidemment pas de jeter la suspicion sur les milliers de professionnels qui accompagnent quotidiennement les enfants. Au contraire : protéger les enfants suppose des équipes suffisamment nombreuses, formées et stables, capables de repérer les situations préoccupantes et de faire circuler la parole.
Des procédures de contrôle, de prévention et de signalement existent. L’enjeu est désormais de garantir partout leur effectivité.
Chaque professionnel doit être réellement formé à la prévention et au repérage des violences physiques, psychologiques et sexuelles. Chaque signalement doit être tracé, transmis et traité immédiatement. Les enfants eux-mêmes doivent disposer d’outils adaptés à leur âge pour comprendre ce qu’est une violence, identifier les comportements interdits et savoir à quel adulte parler.
Les familles doivent également pouvoir connaître clairement les procédures et savoir vers qui se tourner.
Aucune alerte ne doit être banalisée ou rester sans réponse.
Le droit à la sécurité ne se résume pas à empêcher les accidents. Il signifie garantir à chaque enfant son intégrité physique et psychique sur l’ensemble des temps placés sous la responsabilité de la collectivité.
6. Le droit d’accéder à la culture, au sport, à la nature et à la découverte
L’émancipation ne se joue pas uniquement pendant les heures de classe.
Toulouse dispose déjà d’outils importants. Le Passeport pour l’Art, créé en 2009 sous la municipalité de gauche et écologiste, permet depuis lors aux enfants d’accéder gratuitement à des parcours artistiques et culturels. C’est un acquis précieux qu’il faut préserver et continuer à développer.
Aujourd’hui, nous pouvons porter la même ambition dans d’autres domaines : sport, sciences, éducation aux médias, environnement, découverte de la nature et de la ville.
Le périscolaire doit être un véritable temps éducatif et d’émancipation, permettant notamment aux enfants d’accéder à des pratiques auxquelles ils n’auraient peut-être pas accès par leur environnement familial.
Mais cette ambition se heurte à une question très concrète : avec combien d’adultes et dans quelles conditions accueillons-nous les enfants ?
À Toulouse, la majorité municipale a fait le choix en 2022 d’augmenter le nombre d’enfants pouvant être confiés à chaque animateur dans les CLAE : jusqu’à 14 enfants par animateur en maternelle contre 10 auparavant, et jusqu’à 18 en élémentaire contre 14.
Dans un secteur déjà confronté à des difficultés de recrutement et à une forte précarité, ce choix dégrade les conditions d’accueil des enfants comme celles de travail des équipes.
Si nous voulons un périscolaire éducatif plutôt qu’une simple garderie, il faut revenir sur cette dégradation des taux d’encadrement et se donner les moyens d’avoir davantage d’animateurs auprès des enfants.
Cela suppose aussi des emplois plus stables, de meilleures conditions de travail, davantage de formation et une véritable reconnaissance professionnelle permettant de fidéliser les équipes.
La qualité du service rendu aux enfants dépend directement de la qualité des conditions dans lesquelles travaillent celles et ceux qui les accompagnent.
Donner davantage là où les besoins sont plus importants
Faire vivre ces six droits ne signifie pas donner exactement les mêmes moyens à chaque école.
Ce serait confondre égalité et uniformité.
Les écoles n’accueillent pas les mêmes populations, les quartiers ne connaissent pas les mêmes difficultés et les familles ne disposent pas toutes des mêmes ressources. Certaines écoles sont aussi beaucoup plus vulnérables que d’autres aux fortes chaleurs.
Une politique municipale écologiste et sociale doit donc assumer de donner davantage là où les besoins sont plus importants.
Cela vaut pour la rénovation climatique comme pour les moyens périscolaires, l’accès aux activités, l’accompagnement des enfants ou les aides apportées aux familles.
Cela suppose également de continuer à travailler à davantage de mixité sociale entre les écoles, parce que la ségrégation scolaire reproduit et amplifie les inégalités de la ville.
Justice sociale et justice climatique nous conduisent finalement au même principe : protéger davantage celles et ceux qui sont les plus vulnérables et donner à chacun les moyens réels de son émancipation.
Faire vivre concrètement la promesse d’égalité
Ces six droits dessinent une ambition politique simple.
Un enfant qui entre dans une école publique toulousaine doit pouvoir compter sur la collectivité pour lui garantir, dans son champ de responsabilités, des conditions dignes pour apprendre et grandir.
Le droit d’apprendre dans une école adaptée au climat.
Le droit de bien manger.
Le droit de disposer du matériel nécessaire.
Le droit d’avoir pleinement sa place.
Le droit d’être protégé de toutes les violences.
Le droit de découvrir la culture, le sport, la nature et des activités auxquelles il n’aurait peut-être pas accès autrement.
Bien sûr, l’État doit prendre toute sa part. Il doit donner à l’école publique les moyens dont elle manque et accompagner financièrement les collectivités dans l’immense chantier de l’adaptation climatique. Les politiques qui réduisent les capacités financières des communes sont contradictoires avec les investissements qu’on leur demande aujourd’hui d’engager.
Mais à Toulouse aussi, il faut assumer des choix et des priorités.
Après douze ans de mandat municipal, on ne peut pas expliquer les insuffisances par les seules normes, les procédures ou les carences de l’État. Il faut aussi regarder lucidement ce qui fonctionne, ce qui reste insuffisant et les choix municipaux qui doivent être corrigés.
L’école est l’un des premiers endroits où un enfant fait concrètement l’expérience de la République. Elle doit aussi devenir l’un des premiers endroits où il fait l’expérience de l’égalité, de la solidarité et de la transition écologique.
Préparer Toulouse au monde qui vient commence par celles et ceux qui vont y vivre le plus longtemps : nos enfants.
Faire vivre leurs droits, c’est faire vivre la promesse d’égalité et d’émancipation de l’école de la République.