Élu Écologiste à Toulouse

Les assises de l’aviation à Toulouse et Paris : préserver les compétences d’aujourd’hui pour créer les emplois de demain ?

Je me réjouis que ce soir s’ouvrent à Toulouse des assises de l’aviation organisées par des collectifs, associations, syndicats (« Notre choix », « Pensons l’aéronautique pour demain », le collectif Icare, le manifeste pour l’Industrie, la CGT, Attac, la fondation Copernic, l’Atecopol, les amis du Monde diplomatique, l’Université populaire de Toulouse, le CCNAAT).

« 10 jours pour penser l’après et agir maintenant » comme le dit le slogan de ces assises qui se déroulent cette fin septembre 2021.

Ces assises permettront d’aborder des sujets majeurs pour l’avenir : l’impact de l’aviation sur le climat et les riverains, les solutions pour le réduire, la transition nécessaire du secteur aéronautique, la place des salariés dans la décision, mais aussi les nouveau voyages et l’avenir du ferroviaire.

Si je me réjouis de l’organisation de ces assises, je regrette qu’elles n’aient pas été à l’initiative de la puissance publique, qui a la responsabilité de préparer l’avenir de notre territoire, pour nos vies.

C’était le sens de ma proposition en juin 2020 lors des élections municipales à Toulouse (https://toulouse.latribune.fr/politique/elections/2020-06-11/aeronautique-sauver-les-emplois-d-aujourd-hui-et-penser-ceux-de-demain-849995.html) et dans le projet que nous avons défendu au moment des élections régionales de juin dernier.

Accompagner la mutation de la filière aéronautique est un enjeu autant écologique que social. Dans la capitale de l’aéronautique qu’est Toulouse, il serait de la responsabilité du Maire-Président de Toulouse ou encore de la présidente de la Région Occitanie d’organiser un tel travail pour préparer notre avenir.

Accompagner la mutation de la filière aéronautique

L’aéronautique c’est 125 000 emplois dans le grand Sud-Ouest dont 60% en sous-traitance et de nombreux emplois indirects. Il est totalement inconcevable de penser qu’aujourd’hui Airbus va retrouver une cadence de production d’avant crise et pourra attendre une hypothétique rupture technologique dans 15 ou 20 ans pour retrouver des niveaux de production d’avant crise. Nous savons que le transport aérien devra, au regard des impératifs climatiques, être sérieusement réévalué et la projection du doublement du trafic aérien dans les quinze prochaines années n’est pas tenable. En outre, pour respecter les accords de Paris sur le climat, il faut agir dès maintenant et la réduction de l’impact environnemental de l’aviation passera principalement par la sobriété des usages et la limitation du trafic aérien.

La concertation et les actions devront se faire à l’échelle nationale puisque l’activité aéronautique est présente dans plusieurs régions (Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Pays de Loire…) et nous devrons nous unir et agir en commun entre Etat, régions et métropoles.

Au lieu de tenter de gérer les crises (a-posteriori), de distribuer des aides et subventions sans critères sociaux et environnementaux et ne pouvant rien faire face aux suppressions d’emploi, la puissance publique (Etat, Régions, métropoles) doit agir en anticipation et être un donneur d’ordre qui lance la reconversion de l’industrie aéronautique.

Le secteur aéronautique a encore de l’avenir en Occitanie comme ailleurs à condition qu’il se remette en question et qu’il participe, comme tous les autres secteurs d’activité, à la lutte contre le réchauffement climatique.

Sur l’emploi, une action devrait être menée autour de 4 axes :

  • Mobilisation de la recherche scientifique et technique pour diminuer fortement l’empreinte carbone du secteur.
  • Impulsion de l’ouverture de négociations entre partenaires sociaux pour aboutir à un accord dans l’aéronautique afin d’accompagner la mutation de cette filière ;
  • Diversification des activités du secteur (vers des domaines à moindre empreinte écologique) où les transferts de compétences sont possibles ;
  • Reconversion des salarié.es qui le souhaitent et/ou qui n’ont pas le choix afin de maintenir les forces vives sur nos territoires ;

Mobiliser de la recherche scientifique et technique pour diminuer fortement l’empreinte carbone du secteur.

Bien évidemment, il faut poursuivre le financement de la recherche scientifique et technique pour diminuer fortement l’empreinte carbone du secteur pour avoir des avions bas carbone, et pas l’illusoire avion vert qui n’existe pas. Cependant cet avion bas carbone n’est pas si aisé à faire. Aujourd’hui, l’essentiel de l’hydrogène est issu du gaz naturel fossile, ce n’est donc pas vertueux.  L’enjeu pour demain  est  de  produire  de  l’hydrogène  à  partir  de  l’électricité renouvelable et à partir de gazéification de la biomasse, tout en respectant l’équilibre de la ressource. En tout état de cause, tous les dirigeants et ingénieurs de l’aéronautique que j’ai pu rencontrer ces derniers mois disent en privé qu’un avion bas carbone n’émergera pas avant 15-20 ans. Or, le temps presse face au dérèglement climatique et les scientifiques du GIEC nous disent qu’il reste moins de 10 ans pour agir radicalement. Nous devons donc anticiper plutôt que subir. Préserver les compétences d’aujourd’hui en pensant des emplois de demain s’impose donc.

Impulser l’ouverture de négociations entre partenaires sociaux pour aboutir à un accord dans l’aéronautique afin d’accompagner la mutation de cette filière 

L’Etat doit jouer son rôle stratège, et la Région peut l’y inciter en portant la volonté politique que le contrat de plan Etat-Région intègre cette dimension.

La situation de la sous-traitance automobile (SAM, BOSCH en Aveyron) démontre que les industriels sont incapables d’anticiper les mutations liées à la transition écologique. Aussi, il revient à la puissance publique de pouvoir le faire au titre de l’intérêt général.

Aujourd’hui, le seul outil de la planification est le Contrat de Plan Etat-Région (CPER). Le prochain est en cours d’élaboration pour 2021-2027. Ce CPER doit servir l’accompagnement de la mutation de la filière aéronautique que soutiendra l’Etat comme la Région.

Je pense que l’ouverture d’une grande négociation entre partenaires sociaux doit servir utilement ces orientations de mutation de la filière qui passe notamment par la diversification économique.

Diversifier les activités productives et répondre aux réels besoins de la population

Parmi les domaines potentiels pour la reconversion/diversification des activités :

  • Mobilités douces et alternatives à la voiture individuelle ;
  • Sobriété énergétique, EnR avec matériaux composites recyclables ;
  • Economie circulaire ;
  • Industrie de la santé : respirateur, imagerie médicale, etc. ;
  • Filière du génie écologique, de l’anticipation et prévention des risques liées au changement climatique (inondation, sécheresse, incendie…) ;
  • Filière de déconstruction d’avions, de bateaux….

L’action de l’Etat et de la Région Occitanie/Toulouse Métropole, c’est également de promouvoir l’inventivité. Il est temps de financer des innovations-inventions techniques et surtout sociales ciblées sur des objectifs prioritaires, fixés en termes d’impact, notamment sur le dérèglement climatique, la production de déchets ultimes, la pollution, la biodiversité, les mobilités ou l’harmonisation numérique.

A l’échelle nationale comme régionale et métropolitaine, nous disposons aussi de moyens d’action pour garantir que les emplois créés soient écologiques et socialement responsables : mises en place d’Eco/Socioconditionnalité des aides, bonus écologique pour les entreprises qui vont au-delà des exigences, arrêt des aides aux projets néfastes écologiquement et socialement. L’Etat, la région Occitanie et Toulouse Métropole peuvent aussi lancer des commandes publiques innovantes et faire de nos territoires des lieux d’expérimentations. 

Former et reconvertir les salarié.es dans des emplois pérennes et porteurs de sens

Les suppressions d’emplois dans la filière aéronautique (8 500 et des milliers d’intérimaires) sont une réalité et elle n’est pas due aux écologistes, mais au manque d’anticipation des directions d’entreprises, à leur baisse d’investissements en R&D et à leur insuffisance à anticiper les mutations de leur secteur. La région actuelle et l’Etat ont également une responsabilité dans la présente situation où ni la diversification économique, ni la transition du secteur aéronautique n’a été pensé.

Lancer un travail avec l’ensemble des acteurs concernés permettra d’amener une réponse pour la reconversion des salarié.es. Il faut aussi intégrer une logique territoriale et investir principalement dans les ressources locales existantes: savoir-faire, appareil productif, réseau de mobilité et présence de services. A l’échelon des villes moyennes, nous pouvons encourager, pour une plus grande efficacité, l’« Ecologie Industrielle Territoriale », qui s’appuie sur les synergies entre entreprises à l’échelle locale, où les acteurs du développement économique sont impliqués dans l’organisation, l’entraide et la coopération. Aider en particulier les zones rurales et les bassins de vie où la suppression d’emplois peut avoir des effets encore plus dévastateurs que dans les zones urbaines est également nécessaire.

La reconversion professionnelle est un investissement important, tant pour les salari.é.e.s eux-mêmes que pour l’Etat, les régions et autres acteurs qui financent les projets et les formations de reconversion. Il est donc nécessaire de se réorienter vers des emplois pérennes, utiles et porteurs de sens pour notre société et notre vivre-ensemble. Nous pourrions, par exemple, soutenir ou développer des activités qui visent à récupérer, recycler, réutiliser et réparer les biens.

Concernant la sécurisation des parcours professionnels, le Revenu de Transition écologique (RTE), le Revenu universel sont des réponses à mettre en avant. Nous pouvons soutenir des expérimentations, comme par exemple actuellement avec le RTE de la Haute Vallée de l’Aude.

La région Occitanie et Toulouse Métropole peuvent aussi aider à la création et à la reprise d’entreprises, par exemple dans le cadre de Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) autour de projets écologiquement et socialement responsable. Dans une SCIC, la collectivité peut ainsi être partie prenante du projet entrepreneurial et co-décider avec l’ensemble des membres de la SCIC. 

Un fond spécifique d’investissement (et pas uniquement pour les salarié.es de l’aéronautique) pour accompagner les projets d’Economie Sociale et Solidaire (ESS) pourrait être mis en place. Ce nouveau Fonds serait exclusivement dédié au financement en fonds propres et quasi-fonds propres des entreprises sociales et solidaires occitanes en phase d’accélération, de développement et de reprise. D’une taille cible initiale de 15M€, il pourrait viser à investir jusqu’à 1 M€ en 1er tour de table, avec la possibilité de ré-investir auprès des projets les plus prometteurs. L’ambition serait de créer ainsi un Fonds « de place », impliquant outre l’Etat, la Région, La Banque des Territoires, des investisseurs régionaux (banques et mutuelles notamment), et d’autres investisseurs institutionnels (assureurs, groupes de protection sociale) et/ou gestionnaires d’épargne salariale solidaire soucieux de contribuer au développement des entreprises sociales et solidaires, investissant au démarrage du Fonds quelques millions d’euros chacun. De nombreuses entreprises sociales et solidaires en accélération, développement ou reprise pourraient ainsi être rapidement financées en fonds propres sur une période d’investissement de 5 ans.

Avec de la volonté politique et la prise en compte des avis de l’ensemble des acteurs concernés, nous pouvons collectivement définir un nouveau modèle économique qui crée des emplois durables, de qualité et qui est respectueux de notre environnement. Ici, à Toulouse et en région Occitanie, nous pouvons ouvrir une nouvelle page où nous serons capables de réinventer de nouvelles manières de travailler et de vivre, pour le bien-être de toutes et tous.

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Antoine Maurice

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