Un citoyen écologiste à Toulouse

19 août 1944 : ce que la Libération de Toulouse nous dit encore

Aujourd’hui, Toulouse commémore le 82e anniversaire de sa Libération.

Il y a 82 ans, le 19 août 1944, notre ville retrouvait sa liberté après vingt et un mois d’occupation allemande et quatre années de régime de Vichy.

Dans les jours précédents, la Résistance avait intensifié les sabotages. Des lignes électriques étaient abattues, des voies ferrées coupées. Dans la nuit du 18 au 19 août, les forces allemandes préparent leur départ.

Le 19 août, Toulouse bascule.

Dans plusieurs quartiers, les résistants passent à l’action. Des barricades sont dressées, des affrontements éclatent. Autour de la gare Matabiau, les combats sont particulièrement violents et les cheminots prennent une part active à la libération du secteur. À la prison Saint-Michel, les prisonniers politiques sont libérés.

Dans les rues, un jeune photographe de 23 ans, Jean Dieuzaide, saisit ces heures décisives. Ses photographies nous permettent encore aujourd’hui de voir Toulouse à cet instant de bascule : les traces des combats, les résistants, puis progressivement les Toulousaines et les Toulousains qui investissent les rues.

Le 21 août, une foule immense se rassemble place du Capitole pour célébrer la liberté retrouvée.

Mais derrière ces images devenues historiques, il y a d’abord des femmes et des hommes qui avaient fait un choix.

Celui de ne pas accepter.

La Libération de Toulouse fut rendue possible par l’avancée des forces alliées et par l’action d’une Résistance intérieure particulièrement active. Forces françaises de l’intérieur, Milices patriotiques, mouvements et réseaux participent à l’insurrection et aux combats, sous le commandement régional de Serge Ravanel.

Cette Résistance était diverse.

Des gaullistes, des communistes, des socialistes, des syndicalistes, des chrétiens, des femmes et des hommes sans appartenance politique particulière. Des Français, mais aussi des étrangers qui avaient trouvé refuge dans notre région et qui choisirent de combattre pour sa liberté.

Parmi eux, les républicains espagnols occupent une place particulière dans l’histoire de Toulouse.

Après avoir combattu le franquisme et connu l’exil, certains reprirent les armes contre le fascisme et rejoignirent la Résistance. Des guérilleros espagnols participèrent ainsi aux combats de la Libération.

Cette histoire appartient pleinement à celle de notre ville.

Toulouse, ville d’exil et d’accueil, doit aussi sa liberté à des femmes et des hommes qui n’étaient pas nés en France mais qui ont choisi de se battre pour elle.

Cela mérite d’être rappelé aujourd’hui.

La Résistance n’était ni une abstraction ni un bloc uniforme. Elle fut faite de convictions différentes, de réseaux clandestins, de renseignements, de sabotages, de solidarités et de combats.

Mais des femmes et des hommes que beaucoup de choses séparaient avaient compris qu’il existait un essentiel autour duquel se rassembler : libérer le pays du nazisme et mettre fin au régime de Vichy.

Et libérer Toulouse ne signifiait pas seulement chasser l’occupant.

Il fallait aussi rétablir la République.

Dès la nuit du 19 août, Pierre Bertaux devient commissaire régional de la République. Le lendemain, un Comité local de Libération prend provisoirement en charge l’administration municipale. Il est dirigé par Raymond Badiou, résistant et professeur de mathématiques, qui deviendra maire de Toulouse en 1945.

La liberté retrouvée devait redevenir démocratie.

Ce lien entre liberté, République et démocratie me paraît essentiel au moment où nous commémorons ces événements, 82 ans plus tard.

Car commémorer n’a de sens que si la mémoire éclaire aussi le présent.

Notre époque n’est évidemment pas celle de 1944. Les comparaisons historiques faciles peuvent conduire à banaliser ce que furent le nazisme, l’Occupation, la collaboration et le régime de Vichy.

Mais refuser les analogies simplistes ne signifie pas renoncer aux enseignements de l’Histoire.

La démocratie n’est jamais définitivement acquise.

Elle s’affaiblit lorsque nous nous habituons à l’intolérance. Lorsque certaines personnes sont désignées comme responsables de tous les maux en raison de leur origine, de leur religion ou de leur nationalité. Lorsque le racisme et l’antisémitisme progressent. Lorsque les étrangers deviennent des boucs émissaires. Lorsque les libertés publiques sont considérées comme secondaires.

Et lorsque l’extrême droite progresse dans notre pays, nous ne pouvons pas considérer l’Histoire comme une simple photographie accrochée au mur.

La mémoire de la Résistance n’appartient à aucun parti politique.

Mais elle n’est pas pour autant politiquement neutre.

Elle rappelle aussi la responsabilité du régime de Vichy dans la collaboration et la persécution des Juifs, ainsi que les persécutions et les déportations perpétrées par le régime nazi contre des millions de personnes. Juifs et Tsiganes furent victimes d’une politique d’extermination ; des homosexuels, des opposants politiques et bien d’autres personnes désignées comme indésirables ou ennemies furent également persécutés et déportés.

Se souvenir nous oblige donc à ne jamais banaliser les idéologies qui prétendent hiérarchiser les êtres humains, qui désignent des populations comme des menaces ou qui refusent à certains les mêmes droits et la même dignité.

Mais cette histoire nous transmet également une autre leçon : celle du rassemblement.

Les résistantes et les résistants ne partageaient pas tous les mêmes idées. Ils n’avaient pas les mêmes parcours et ne rêvaient pas tous de la même société pour l’après-guerre.

Pourtant, ils ont su construire du commun sans abolir leurs différences.

Dans une période de fragmentation politique, de défiance démocratique et de progression de l’extrême droite, cette capacité à distinguer ce qui nous sépare de ce qui doit parfois nous rassembler reste singulièrement actuelle.

Pour celles et ceux qui, comme moi, se reconnaissent dans la gauche et l’écologie politique, cette mémoire porte une responsabilité particulière.

Combattre l’extrême droite ne peut pas se résumer à invoquer son danger à chaque élection. Cela suppose aussi de faire vivre une démocratie qui donne envie d’être défendue, de combattre les inégalités et les injustices qui la fragilisent, de répondre aux bouleversements écologiques sans abandonner personne et de reconstruire une capacité collective à imaginer un avenir désirable.

Ce soir, à 18h30, je serai présent à la cérémonie commémorant la Libération de Toulouse.

J’y serai pour rendre hommage à celles et ceux qui, il y a 82 ans, ont pris des risques immenses, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie, pour que cette ville redevienne libre.

Mais commémorer ne peut pas seulement consister à regarder vers le passé.

Le meilleur hommage que nous puissions leur rendre n’est probablement pas de prétendre que nous aurions forcément été à leur place.

C’est de nous demander ce que, dans notre époque et avec les moyens qui sont les nôtres, nous sommes prêts à faire vivre de leur héritage.

Défendre la démocratie lorsqu’elle est fragilisée. Refuser le racisme et l’antisémitisme. Ne jamais s’habituer à la désignation de boucs émissaires. Combattre l’extrême droite et la banalisation de ses idées. Et continuer à construire, malgré nos différences, les rassemblements nécessaires pour lui faire obstacle.

Il y a 82 ans, Toulouse retrouvait sa liberté.

Cette mémoire ne nous dit pas exactement quoi faire aujourd’hui. L’Histoire ne se répète pas.

Mais elle nous rappelle quelque chose d’essentiel : la démocratie et la liberté ne sont jamais définitivement acquises.

La mémoire est un héritage.

À nous d’en faire une responsabilité.

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Antoine Maurice

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